Gentil NATTES, déporté « Nuit et Brouillard »

Gentil NATTES en 1930

Gentil NATTES en 1930

Gentil NATTES est né à Rivière Salée (Martinique) le 10 août 1894, quartier Fonds Masson.
Mobilisé le 3 février 1915, il est embarqué pour la Métropole le 3 septembre de la même année sur le Pérou, un paquebot mixte de la Compagnie Générale Transatlantique réquisitionné pour le transport de troupes. Il fera toute la guerre dans l’artillerie.
Démobilisé le 8 septembre 1919 à Paris, il reste en France où il a trouvé un travail.
En 1921, il vit à Bordeaux où en 1928 il se marie avec une jeune femme de Saint Jean Pied de Port. Il est alors domicilié Passage de la Villa, dans une petite échoppe bordelaise qui porte le numéro 22 bis, non loin du boulevard Georges V.


Le 29 juin 1940, quatre jours après l’entrée en vigueur des armistices Franco-Allemand et Franco-Italien, les Allemands investissent toute la zone Nord, dont la ville de Bordeaux que le gouvernement a quitté la veille pour Clermont-Ferrand, puis Vichy.
Immédiatement, le chef de la Kommandantur fait placarder dans les rues de la capitale girondine un avis prescrivant à tout détenteur d’armes d’avoir à la déposer au siège de son administration au plus tard le 3 juillet 1940 à 18h. Ne pas se soumettre à cette ordonnance c’était s’exposer à de graves sanctions. C’était aussi accomplir un acte de résistance à l’autorité allemande.
Gentil NATTES, enfreignant l’ordre de l’Occupant, conserve à son domicile des armes de poing et leurs munitions.
Le 21 octobre 1941 à 19 heures, à Bordeaux, un officier d’administration le conseiller Hans Gottfried Reimers traversant à pied le boulevard Georges V, à la hauteur des rues de Patay et de l’Ormeau mort, est tué de deux balles qui l’atteignent à la colonne vertébrale. Le tireur est Pierre REBIERE, 32 ans, agissant sur l’ordre du Comité Central du Parti Communiste clandestin.
Lieu de l'attentat du 21 octobre 1941 contre l'Intendant Hans Reimers

Lieu de l’attentat du 21 octobre 1941 contre l’Intendant Hans Reimers


Une fois l’attentat connu, le quartier est immédiatement bouclé par les polices françaises et allemandes. Le 23 octobre, le général Otto von Stülpnagel, chef de l’administration militaire d’Occupation ordonne l’exécution de 50 otages en représailles à l’assassinat qui a été perpétré à Bordeaux et promet d’en faire fusiller 50 autres si le 26 octobre les auteurs du crime n’étaient pas arrêtés.
Le même jour, un premier otage est fusillé. Le lendemain 24 octobre 1941, 50 autres otages sont fusillés à leur tour au camp de Souge, près de Bordeaux. Tous sont innocents du meurtre commis.
22 novembre 1941 convocation de G. Nattes devant le tribunal de guerre de la Feldkommandantur de Bordeaux

22 novembre 1941 convocation de G. Nattes devant le tribunal de guerre de la Feldkommandantur de Bordeaux


Les investigations de la police allemande se poursuivent pendant plusieurs jours. De nombreuses maisons sont perquisitionnées. Une forte récompense est promise à ceux qui permettront de retrouver les coupables.
Gentil NATTES qui habite à deux pas du boulevard Georges V reçoit le 1er novembre 1941 la visite inopinée de la Gestapo. Peut-être a-t-il été dénoncé. Trois pistolets sont découverts à son domicile. Arrêté aussitôt, il est conduit à la prison du du Fort du Hâ, quartier allemand.
Le 25 novembre, il passe en jugement devant le tribunal de guerre allemand de la Feldkommandantur 529, à Bordeaux, sous l’inculpation de détention d’armes. La décision est rendue le 3 décembre suivant: trois ans de prison.
Le 18 mai 1942, il est transféré au pénitencier des Hauts Clos, à Troyes, dans l’Aube qui était alors un centre de transit vers l’Allemagne mais à une échelle beaucoup plus réduite que Royallieu à Compiègne. Des Hauts Clos partaient des trains de déportation composés de résistants, d’otages et de juifs raflés dans la région champenoise.
Le 14 mai 1943, Gentil NATTES, par décision des autorités allemandes, est extirpé de sa cellule avec un groupe de 123 internés et enfermé dans les wagons d’un train en partance pour l’Allemagne.Le même jour, il arrive à la prison de Fribourg en Brisgau, de l’autre côté du Rhin où il est provisoirement incarcéré. Quelques jours plus tard, il est transféré à la prison de Mannheim, la grande ville du Bade au confluent du Rhin et du Neckar.
Début octobre 1943 il tombe malade. Une infection de la vessie aurait été diagnostiquée. Mal soigné, il est emporté par la maladie le 9 octobre. Son décès est constaté à 18h. Le 11 octobre, l’acte de décès est établi par le service de l’Etat-civil de la ville sur la déclaration du directeur de la prison de Mannheim.
Sa famille, à Bordeaux, n’apprendra officiellement le décès que deux mois plus tard.
Gentil NATTES, mort à 48 ans, laissait une veuve et une fille alors âgée de 20 ans.
Par décision du ministre des anciens combattants et victimes de guerre du 3 septembre 1948, la mention « mort pour la France » lui était décernée.
Monument aux morts de Rivière Salée (Martinique).

Monument aux morts de Rivière Salée (Martinique).


Le 2 octobre 2007, un arrêté du secrétaire d’Etat à la défense, chargé des anciens combattants, publié au Journal Officiel du 17 octobre 2007, attribuait à Gentil NATTES la mention « mort en déportation ».
Enfin, par décision du directeur général de l’Office national des anciens combattants en date du 14 février 2011, le titre de « déporté politique » lui était attribué.
Carte de déporté politique

Carte de déporté politique

La déportation de Gentil NATTES dans une prison en Allemagne et non dans un camp de concentration, le fait que sa famille n’ait jamais pu apprendre ce qu’il était devenu après avoir quitté le pénitencier des Hauts Clos (Aube), qu’il lui fut impossible de correspondre avec sa famille pendant la durée de sa détention, et que son décès ne fut connu qu’au bout de deux mois, laissent supposer que la procédure Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard) lui avait été appliqué, comme c’était d’ailleurs le cas pour de nombreux français jugés pour détention d’armes qui furent déportés en Allemagne, dans des prisons, pour y subir leur peine… et le plus souvent « disparaître » sans laisser de traces.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s